Un seuil qui varie selon le département
Contrairement à une idée répandue, il n'existe pas un seuil unique de canicule pour toute la France. Météo-France fixe, pour chaque département, deux seuils : une température minimale nocturne et une température maximale diurne, établis à partir des données historiques locales et de leur impact sanitaire observé. Un même chiffre n'a donc pas la même signification partout : une nuit à 21 °C est considérée comme chaude dans le nord de la France, alors qu'elle reste dans la norme estivale sur le pourtour méditerranéen, où les seuils nocturnes sont plus élevés.
La canicule est déclarée lorsque ces deux seuils, jour et nuit, sont dépassés simultanément pendant au moins trois jours consécutifs.
La nuit tropicale, un facteur sous-estimé
Une nuit tropicale correspond à une température qui ne descend pas sous 20 °C. Elle empêche le corps de récupérer du stress thermique accumulé pendant la journée, ce qui explique pourquoi des nuits chaudes répétées aggravent les risques sanitaires même quand les maximales diurnes restent modérées. C'est précisément ce cumul de journées chaudes et de nuits sans répit que les seuils départementaux cherchent à capter, plutôt qu'un seul pic de chaleur isolé l'après-midi.
Dans les départements du sud de la France, où les seuils nocturnes sont déjà élevés une bonne partie de l'été, une succession de nuits proches de 24 ou 25 °C, sans nuit tropicale à proprement parler, peut représenter un stress cumulatif comparable à celui observé plus au nord avec des seuils nominalement plus bas : c'est la répétition, plus que la valeur absolue, qui pèse sur l'organisme.
L'îlot de chaleur urbain, un facteur local
- Centre-ville dense : le bitume et le béton emmagasinent la chaleur du jour et la restituent la nuit ; l'écart avec la périphérie peut dépasser 5 °C au petit matin.
- Quartiers avec végétation et eau : parcs, fleuves et plans d'eau abaissent sensiblement la température ressentie grâce à l'évaporation et à l'ombre.
- Zones pavillonnaires et périphérie : la chaleur retombe plus vite après le coucher du soleil, avec des nuits nettement moins étouffantes qu'en hypercentre.
Ce phénomène explique pourquoi une canicule est souvent plus éprouvante au cœur d'une grande ville comme Lyon ou Marseille qu'à quelques kilomètres à la campagne, à température diurne affichée identique.
Les précautions et la règle de décision
Dès que la vigilance canicule passe au orange, buvez régulièrement sans attendre la soif, évitez les efforts physiques entre 12 h et 16 h, fermez volets et fenêtres exposés au soleil le jour et aérez tôt le matin ou après le coucher du soleil quand l'air extérieur est plus frais que l'intérieur. Prenez régulièrement des nouvelles des personnes âgées ou isolées : c'est la nuit, quand le corps ne récupère pas, que le risque devient le plus sérieux, davantage que le pic de l'après-midi.
Un repère simple pour les grandes villes : si la température de votre logement ne redescend pas sous 26-27 °C au petit matin après plusieurs nuits consécutives, cherchez activement une pièce plus fraîche pour dormir, ou un lieu climatisé quelques heures dans la journée. Ce repère compte davantage que le chiffre affiché en plein après-midi, qui redescend de toute façon avec le coucher du soleil.